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vendredi 14 mars 2008

Al Gore pris dans le tourbillon du CEI

[Oui, c'est vrai...l'image le titre, c'est un peu facile...Mais c'est la fin de semaine, que voulez-vous]

Ah le CEI! C'est bizarre ce Competitive Entreprise Institute fait partie des dizaines d'entités que je surveille avec la plus grande attention... L'explication se trouve certainement dans une des citations de Sun-tzu les plus connues: "Connais toi toi-même, Connais ton ennemi, ta victoire ne sera pas en danger".

En effet, je vous en parlais déjà il y a un peu plus d'un an, dans le cadre d'un cas d'influence qui m'avait beaucoup "amusé"...Je ne vous referai donc pas ici la présentation de ce think tank ce cabinet de lobbying cet organisme instrumentalisé à 200% par certains groupes US...

En tous cas il y a une chose à dire, c'est que certaines de leurs attaques sont assez justes, et cette semaine c'est le gentil Al Gore qui se prend le scud en pleine face!


3 opinions assumées:

Anonyme a dit…

ils ont tout à fait raison! Al Gore est un véritable démago.

Nicolas Danet a dit…

Jeu de lumières : une question d'éclairage...



La vidéo est très intéressante, reste à l’analyser un petit peu. Tarik explique bien dans son post sur le CEI ce qu’est cette organisation et ce qu’elle défend. Je voudrais juste essayer d’expliquer rapidement comment je comprend la construction de leur message.


1/ Dénonciation d’Al Gore

Bien sûr, il s’agit d’une diatribe contre Al Gore, évoquant ses contradictions, la différence entre ce qu'il prône et ce qu'il fait (démagogie). Classique. Dénonciation de son ambition, des flashs des photographes, qui assimilent ainsi le « people vert » à un dilapidateur d'énergie.
Cependant, montrer Al Gore comme l’adversaire à combattre, c’est individualiser un débat qui relève d’une question globale, d’ordre politique. Al Gore l’a peut-être cherché, c’est vrai.


2/ Petit bourgeois et pathos

Mais qu’y a-t-il derrière cette dénonciation ? A partir de quelles références culturelles se construit ce discours ? La voix off donne des indications assez précises : « our food, our transportation, our homes ». Ce n’est pas le discours de grands industriels, c’est celui de leurs meilleurs clients. Un discours caricaturalement petit bourgeois, qui feint d’être le « porte-parole des opprimés » (« our »). Al Gore s’en prend à votre confort, messieurs dames ! Démagogie, disions-nous ? (…) D’ailleurs, sans doute est-ce vrai, nous sommes certainement englués dans notre confort, et donc notre modèle de société a besoin de sources d’énergie sûres et peu chères (sic). En outre, le petit bourgeois n’aimant pas le people qui lui demande de changer de vie, il le stigmatise comme une contradiction, un hypocrite donneur de leçons qui ne connaît rien à la vraie vie (la nourriture, le transport, la maison. Métro boulot dodo, selon d’autres).
A partir de ce fond culturel, le moyen utilisé est lui aussi caricatural et habituel : le pathos. La vidéo montre par trois fois des enfants, même un bébé dans une couveuse. L’innocence-même, nos-enfants-notre-progéniture que l’on voudrait briser…


3/ Vision scientiste et colonialiste

« L’énergie est la meilleure protection que nous ayons contre les aléas de la vie ». Encore une fois, bienvenue au pays de la caricature. Mais pour le coup, c’est bien le discours des généreux donateurs industrieux que l’on entend. Il s’agit d’une vision scientiste tout droit sortie du XIXème siècle. L’énergie est la panacée ou comment la science seule va tous nous sauver. Bizarre, mais du nucléaire aux OGMs, certains ont des doutes.
Pire, ce discours est empreint de colonialisme. Nous voyons les petits africains pauvres applaudir la lumière que leur apportent les gentils occidentaux intelligents. La transition entre le monde occidental et africain est assurée par l’image d’une grue en mouvement. Ce n’est pas que la science, c’est aussi nos ingénieurs qui sauveront le monde. C’est ici du saint-simonisme naïf. Mais quid des agissements des firmes pétrolières en Afrique ? – et ce n’est qu’un exemple.


4/ Manichéisme

Tous ces discours s’appuient, par ailleurs, sur une vision manichéenne des choses. Première exemple : « Restrict energy». Apparemment, il s’agit du slogan d’Al Gore. Il existerait donc deux voies possibles. D’une part notre modèle occidental actuel. D’autre part, l’âge sombre ou le retour au temps des cavernes –comme le montre la lumière s’éteignant (même la présentation est grossière ici…). En d’autres termes, soit la deep ecology soit le scientisme. Heureusement, il existe d’autres voies moins caricaturales…
De plus, le discours colonialiste s’appuie bien évidemment lui aussi sur une présentation binaire du monde. On passe d’un hôpital moderne à une place remplie d’Africains en aillons attendant la lumière. Soit le monde civilisé, soit le monde sauvage. Ca faisait longtemps que je n’avais pas vu ça aussi clairement, tiens.


Bref, si le CEI veut éclairer notre lanterne (l’image le dit), il devrait sérieusement trouver des idées plus brillantes...

tarik a dit…

@Anonyme: ahem...

@Nicolas: bel analyse qui mérite son post;)